Ce Mercredi nous entrerons dans le fameux solstice d'été, date au combien vénérée dans de nombreuses cultures. Pendant les jours les plus longs de l'année, vont avoir bien sûr lieu comme de coutume dans de nombreuses parties du monde des Fêtes de la Saint Jean.
On festoie Saint Jean le Baptiste entre autre au Canada, en France, en Belgique et bien sûr en Espagne.
Que ce soit à Badajoz, Navasfrias Soria, Robleda, Alicante, La Coruña ou Motril une multitude de Ferias et fêtes populaires sont dédiées à San Juan. Mais il en est une qui dépasse toutes les autres par son enracinement et sa singularité.
Entre Salamanque et Caceres, à seulement deux pas de la frontière Portugaise, CORIA est une petite ville sans histoire dans la Communauté autonome d'Extremadura. Enfermée entre ces remparts, la vieille ville est pleine de charme et il fait bon de promener au hasard des ruelles à la découverte de ces vieilles pierres.
Chaque année, à partir du 23 juin, CORIA d'habitude un brin mélancolique à la recherche de son glorieux passé, se débride et devient le centre d'attraction de toute la région. Ici aussi on vénère SAN JUAN et le Solstice d'été et ces croyances donnent lieu à l'une des Fêtes les plus incroyables d'Espagne.
D'après ce que les historiens locaux ont découvert: Les fêtes de san Juan à Coria trouvent comme dans beaucoup d'endroits leurs racines dans la culture celte.
Basant leur économie sur l’élevage du bétail, les Vettons qui furent les premiers habitants de cette région considéraient le toro comme un animal sacré, lui vouant un culte conjuguant la magie, le feu et le sacrifice rituel. Ce rituel était obligatoirement lié au solstice d’été date mythique et vénérée par tous les peuples celtes.
Il existe une autre version qui raconte qu’au temps des invasions Maures, chaque année un jeune homme était tiré au sort et devait se battre jusqu'à la mort, face au village tout entier, avec pour seule défense un poignard. Comme ont peu s'en douter la plupart du temps le jeune homme succombait a son suplisse et une année, un riche dame qui eu peur de perdre son seul héritier, acheta un toro pour le remplacer son fils et depuis ce jour ont fit chaque année combattre un toro.
On ne trouve évidemment pas de traces écrites de cette époque mais les premiers écrits faisant acte de lâcher de toros dans les rues de Coria durant les fêtes de San Juan remontent au début du 13ème siècle.
Depuis la coutume est immuable et tout les 23 juin, Coria se met en fête sous le signe de San Juan et du toro.

Ici il n'y a jamais eu d'arènes en dur et il n'y en aura probablement jamais, à Coria on aime combattre le toros a même les rues du centre ancien comme les premiers habitants de la contrée le fesaient déjà il a plusieurs siècles.
Comme dans de nombreuses villes Espagnoles, le souvenir du temps ou l’on transférait à pied le bétail de la finca jusqu’aux arènes est matérialisé ici par l’encierro.C’est au début des années soixante, avec la généralisation du transport par camion, qu’a été définie le parcours que l’on connaît à l’heure actuelle. Des corrales situés sur l'avenida de la Sierra de Gata jusqu'àu toril de la plaza de España, en passant par les ruelles étroites et pavées du centre ancien, les toros accompagnés par les bueyes galopent sur pas moins de 555,35 mètres.
Jusqu'en 1984, les barrières étaient construites en bois, sauf que cette année là les toros de Sanchez Cobaleda mirent à mal plusieurs rondins de bois et l’un d’eux réussit à s’échapper. L’année suivante on installa les protections en acier que l’on connaît aujourd’hui.
Après l'encierro, c’est au cœur du centre ancien sur la Plaza de España que le toro est lidié dans une arène rectangulaire faite de tubes en acier que l'on démonte et reconstruit pour l'occasion.

Toro de Hernandez Pla, dans le ruedo de la Plaza de España
A l’origine, comme dans tous les villages taurins du monde, la piste était délimitée par un enchevêtrement de planches, de tonneaux et de troncs d’arbres. Puis au XIXème on rajouta des charettes puis dans les années 60 ce sont les remorques agricoles en acier qui servirent de barrières.C’est en 1969 que l’on érigea le premier gradin en acier, et ce n’est qu’en 1975 que l’édifice prit la forme qu’on lui connaît de nos jours.
Autre tradition aujourd’hui quasiment disparue : celle des Malettillas, ces jeunes vagabonds qui parcouraient l’Espagne, balluchon sur l’épaule, de fêtes en fêtes , dans le but de donner quelques passes et se faire peu être remarquer par un empresario. Pour beaucoup le rendez vous des San Juanes était inmanquable. Malheureusement comme partout ailleurs en Espagne, à Coria aussi les maletillas ont fini par disparaître et les « quebradores », "chaqueteros" et autres Recortadores les ont vite remplacé.
Les horaires de sortie des toros sont immuables, soit vingt heure, soit trois heure trente du matin
A intervalle régulier, trois volées de cloche retentissent de l’église de Santiago. Après l'encierro, la demi heure dépassée après l'entrée du toro dans le ruedo, une nouvelle volée de cloche va annoncer l’ouverture des portes et la sortie de l’animal dans les rues du centre.
C'est à partir de là que commence la véritable essence des San Juan, le corps à corps avec la bête à même les rues du centre ancien. Le toro devient le seigneur de ce labyrinthe de ruelles ou les refuges pour les hommes sont rares et précaires.
Les toros lidiés de nuit sont achetés par la mairie tandis que ceux lidiés en soirée sont fournis par les différentes Peñas que compte la ville. Chaque association a une journée qui lui est attribuée: La Junta de Defensa la plus ancienne peña offre deux toros le 25 juin, La Juventud Cauriense (La jeunesse de Coria) apporte sont toro le 26 juin, La Peña "El 27" fait de même le 27 juin et enfin la Peña "La Geta" clôture les festivités le 28 juin avec également un toro.
Tout au long de l’histoire des fêtes de San Juan, toutes les plus grandes ganaderias du pays ont été représentées dans les rues du centre ancien : Miura, Cebada Gago, Penajara, Galache, El Torreon, Sepulveda, Cortijoliva, Escolar Gil ou Dolores Aguirre. De plus la mairie et les associations de Coria ont l'habitude de dénicher les toros les plus impressionnants de la planète taurine.

Un idée du trapio des toros de Coria : Un Toro de Manuel Villau lidié en 2011
Certains toros sont passés à la postérité, en raison de leur agressivité et de leurs faits d’armes, comme un Sanchez Cobaleda en 1983 qui brisa plusieurs barrières de protection et sema une pagaille terrible. Mais comment parler des toros qui ont marqué ces fêtes sans parler de la ganaderia d’origine Saltillo, de Jésus Pérez Escudero, plus connu sous le sobriqué de Chuchi « El Coriano ».
Depuis les années 90, cet élevage c’est forgé une terrifiante réputation avec de petits toros au pelage gris, vif et sournois. Le 25 juin 1994, « Astronauta » enfonce un porte sur le parcours de l’encierro, monte au deuxième étage, séme la panique dans l’immeuble et y blesse trois personnes. L’année suivante « Argentino » du même élevage sème la panique en ville et blesse gravement un jeune de la région de Toledo et faillit bien prendre la vie de Vicky Morre une manifestante pour les droits des animaux. Trois jours plus tard « Bébé » toujours de Perez Escudero est le maître des lieux et pousse les plus vaillants recortadores dans leurs derniers retranchements.
On se souviendra aussi de « Belga », appartenant à la ganaderia de Jara del Retamar et « Madridista » de Dna Elia Hernandez Nunez lidiés en 2003, ainsi que « Espabilao » un castano de Cebada Gago qui fit le vide dans les rues, une nuit de juin 2006.
Cette année les fêtes de San Juan commenceront ce samedi 23 juin pour se terminer vendredi 29. Si vous êtes dans le coin, n'hésitez pas à aller y faire un tour. Le programme est
ICI
VIVA SAN JUAN
J.C