A l’heure où la majorité des ganaderos cherchent à produire un toro coopératif adapté aux exigences des figuras, avec une généralisation de l’encaste Domecq, par bonheur il reste encore quelques fortes têtes qui défendent bec et ongle l’idée que le toro n’entre pas dans l’arène pour coopérer mais pour se battre. Parmi ces irréductibles on peut citer : Celestino Cuadri, Tomas Prieto de la Cal, la ganadera Dolores Aguirre où encore Victorino Martin pour n’en citer que quelques-uns uns parmi les plus connus. Puis il y aussi les éleveurs plus modestes et moins connus ainsi qu’une partie des aficionados qui sans trop pouvoir faire changer les choses défendent cette vision particulière du toro de combat.
Puis parfois de l’anonymat des gradins, il arrive parfois que l’on se retrouve sur le devant de la scène. En 1990 un certain Jean Luc Couturier, boulanger de profession s’est retrouvé assis sur les gradins des arènes d’Alès pour voir toréer José Luis Galloso, José Antonio Campuzano et Paco Alcalde face à des toros de la ganaderia du Curé de Valverde. Comme envoûté par la caste et la bravoure de ces toros venus de Salamanque, cette corrida l’a profondément marqué et a comme bousculé quelque chose dans sa tête.
Par la suite dès que les toros du Curé étaient à l’affiche, Jean Luc Couturier s’empressait d’aller acheter ses places pour assister à la corrida. Puis les années ont passé, les toros de Valverde se sont fait de moins en moins présents sur les affiches françaises mais cette fameuse après-midi d’Alès est restée gravée dans la tête du boulanger. Pendant ce temps les affaires allant bon train, Jean Luc Couturier est devenu l’une des pointures de la boulangerie industrielle en France, son entreprise étant classé 4ème du secteur au niveau national. Puis l’âge de la retraite approchant et une opportunité de vendre sa société se présentant, en 2011 encore jeune mais libéré de ces obligations professionnelles, Jean Luc Couturier pense à une reconversion et pour ce passionné de corrida la question ne s’est pas posée longtemps :
"pourquoi ne pas élever des toros ?".
Concernant Le choix du bétail, l’origine était déjà toute trouvée car même après plus de vingt ans, les toros du Curé de Valverde lidiés à Alès hantaient encore l’esprit du nouveau retraité.
Jean Luc COUTURIER, entouré de Mehdi SAVALLI et Roman PEREZ
Pour le petit rappel historique, la ganaderia du Curé de Valverde a vu le jour au début des années 40, crée par Juan Sanchez avec du bétail d’origine du Comte de la Corte mais c’est sous la houlette de son fils Cesareo Sanchez à la fois ganadero et abbé que l’élevage a connu ses heures de gloire.
Dotés d’une bravoure endiablée et d’un trapio souvent impressionnant, dans les années 80-90 les toros du Curé faisaient les beaux jours des plazas les plus exigeantes comme Madrid, Céret et surtout Alès où ils étaient toujours très attendus. Pour se faire une petite idée il suffit de rappeler qu’ils on été présents en terre cévenole en 1990, 1991,1994,1995,1998 et 2002.
En 1994 don Cesaréo décède et l’élevage est prit en main par ces neveux Leopoldo et Juan. Le Curé disparu, ces toros ont commencé petit à petit à tomber dans l’oubli. En 1999 la ganaderia avait reçu le prix de la meilleure novillada lidiée en France décerné par l’ANDA et un grand toro avait permis le triomphe de Frascuelo dans les arènes de Madrid. Mais les années 2000 vont signer le déclin de l’élevage. La dernière apparition de la ganaderia en France date de 2008 à Vergèze où ils avaient été estoqués par Guillermo Alban, Marc Serrano et Sergio Aguilar.
Jean Luc Couturier aurait pu comme beaucoup, céder à la facilité, pour suivre les exigences du marché, aller acheter un lot de vaches chez une des ganaderias à la mode et se retrouver rapidement sur les devants de la scène. Mais non, malgré les difficultés que connaissait l’élevage de Valverde, il a suivi ses convictions d’aficionados et à élever des toros, il veut élever ceux qui lui donnent de l’émotion.
L’affaire n’était pas pour autant conclue d’avance, les héritiers de Don Cesaréo avaient-ils l’envie de se séparer de la ganaderia ? après quelques rapprochements puis d’âpres négociations, l’affaire a été conclue en février 2012 et depuis le printemps c'est au total 170 bêtes qui sont rapatriées progressivement de Horcajo Medianero dans la province de Salamanca vers la campagne Arlésienne.
Hier, vendredi 22 juin a eu lieu le premier tentadero et c’est avec un grand sourire au lèvre que le ganadero est sorti de son burladero après avoir constaté la qualité du bétail testé par Mehdi Savalli et Roman Perez. C’est au milieu de la placita, entouré des deux toreros, qu’il a adressé quelques mots au public assistant pour expliquer sa démarche et en concluant ;
« Certains disent que je suis fou de faire ça….Oui je dois l’avouer, il ont raison, je suis fou, fou de toros ! ».
La première tienta
Un projet fou ? Peu être…. Mais en tout cas une initiative qui est à saluer et heureusement qu’il reste encore des gens qui rêvent à un toro de lidia intègre, plein de sauvagerie et d’émotion.
Qui sait ce qu’il aurait pu advenir de cet élevage si il n’avait pas prit le chemin de la France, peut être aurait-il fini comme les malheureux Coquilla de ce pauvre Mariano Cifuentes que le mundillo a laissé tomber.
C’est le 15 juillet, que Jean Luc Couturier fera sa présentation officielle de ganadero avec une corrida à Châteaurenard pour El Fundi, Mehdi Savalli et Marco Léal. Espérons que cet emblématique élevage donne encore beaucoup de satisfaction à son nouveau propriétaire ainsi qu’aux aficionados français qui gardent encore de grands souvenirs des toros du Curé. Le chemin sera sûrement semé d’embûches mais qui sait peut être qu’un jour nous parlerons des triomphes des toros du Boulanger !!
Mucha Suerte !
J.C
Voir le reportage vidéo du premier tentadero sur le sol français des Curé de Valverde.